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Quatre temps : Litanie pour un éden

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Piano ou piolet, jeune fille en fleur et poésie refleurie… Pierre Jansen ? Claude Chabrol, bien sûr, et ses partitions « accidentelles » parfaitement « névrotiques » (très rarement drolatiques) en accompagnement idoine de trajectoires individuelles à perdre le souffle et la raison ( Landru , Les Biches , La Femme infidèle , Que la bête meure , Le Boucher , Alice ou la Dernière Fugue , Violette Nozière ). S’il revint très vite, jusqu’à la renier, de sa formation allemande dans l’enclave (voire le bunker) de la musique dite contemporaine (celle que personne n’écoute, celle où le chef d’orchestre, de ce qu’il en reste, en tout cas, doit faire signe au public élitiste, momifié, pour savoir quand applaudir), cet homme affable, souriant, « bon vivant », décédé l’été dernier, l’utilisa à bon escient dans la peinture intransigeante, à rebours des pratiques (le thème, la mélodie, la tonalité) et des usages (majoritairement commerciaux) habituels, de p...

Vincente Minnelli : The Bad and the Beautiful

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Lecture rapide et souvenirs vivants… Paru en 1973 (ne manque par conséquent à l’appel cinéphile que l’ultime Nina avec sa Liza), cet aimable petit livre (rouge, en parfait état) se compose principalement d’un essai, de documents, d’une bio-théâtro-filmographie, de quatre (cavaliers) cahiers d’illustrations en noir et blanc sur papier glacé. L’auteur rappelle à juste titre l’aveuglement critique, entre minoration et adulation ; analyse la « méthode » et le « langage » du cinéaste ; égrène quelques « thèmes » essentiels (le lieu, le temps, l’Homme, l’identité insaisissable) ; examine la valeur spéculaire et « testamentaire » de certaines œuvres. Des propos personnels (dont de larges extraits d’un entretien biographique), le découpage d’une séquence commentée des Quatre Cavaliers de l’Apocalypse et le monologue du Girl Hunt Ballet de Tous en scène introduisent à plusieurs témoignages (John Houseman, Gene Kelly, Dalton Tru...

Le Temps du massacre

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Dans le camion et dans l’esprit . Je déteste ma vie et je vomis ce pays. Il faut que je fasse quelque chose, que tout cela change radicalement. Pas de retour en arrière, pas de regrets ni de remords. Mon père vit encore mais on ne se parle plus depuis des années. La femme qui partageait mon lit, qui me donna trois descendants, me les reprit. La justice de cette nation de chiens me dit quand et comment les voir. Mon entreprise vient de faire faillite. Je ne cherche pas à susciter votre pitié, je ne me fournis pas d’alibis. Je voudrais seulement comprendre le vide qui me fonde, cette altérité qui me grise et me déguise. Dans la rue, personne ne me voit. Humain parmi les inhumains, je marche invisible vers mon destin. Qu’ils continuent à vivre dans l’ignorance. Ils découvriront vite l’étendue de ma rage. Au comptoir du magasin de location de véhicules, je montre un permis en règle. Au rayon jouets d’un hypermarché, je fais provision d’armes factices. Chez moi, ce studio des quar...

Le Roi et le Clown : Sourires d’une nuit d’été

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Étrange et familier triangle, dans l’espace historique d’une géométrie de la surface et de la profondeur, à (re)découvrir, séduit, avec ardeur…    Ce triomphe inattendu/mérité en Corée (en partie permis par l’instauration là-bas de quotas ), primé par le jury du Festival du film asiatique de Deauville et aux Grand Bell Awards locaux, sorti voici une dizaine d’années, découvert samedi soir en DVD, constitue tout d’abord un faisceau de talents confirmés ou éclos : ceux de sa remarquable distribution à l’unisson, bien sûr, voire de sa troupe, si l’on use d’un lexique idoine (Karm Woo-sung incarne Jan-saeng, Lee Joon-gi interprète Gong-gil, Jeong Jin-young le roi Yeonsan, Kang Seong-yeon la maîtresse Jang Nok-su, Jang Hang-seon le conseiller Cheo-sun, Yoo Hae-jin, Jeong Seok-yong et Lee Seung-hoon les saltimbanques Yuk-gab, Chil-duk & Pal-bok), auxquels rajouter les noms  de Lee Joon-ik, réalisateur et co-producteur, de Lee Byeong-woo, compositeur de l...

Te voilà chez toi

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Pousser la grille, traverser la frontière puis repartir sans se retourner… Alors l’autre disciple, qui était arrivé le premier au sépulcre, entra aussi ; et il vit, et il crut. Car ils ne comprenaient pas encore que, selon l’Écriture, Jésus devait ressusciter des morts. Et les disciples s’en retournèrent chez eux. Jean, 20, 8-10 Peu importe l’itinéraire : de trois côtés il faut monter une pente à quatre-vingt-dix degrés dans la chaleur insatiable d’une fin d’après-midi d’été, un poignard de lumière planté au creux des reins sous la chemise fine. Au carrefour désert, une rue linéaire en direction de l’horizon aboutit à une entrée ridiculement défendue par une barrière amovible, comme s’il fallait interdire non plus d’entrer mais de sortir. La maisonnette du gardien veille sur la droite, ses outils de jardinage et de nettoyage sagement posés au soleil. Pénétrer ici revient un peu à revenir en arrière, dans la France villageoise des années cinquante...

The Rebel : Indochine

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S’amouracher d’une « terroriste », résister contre ses compatriotes, honorer les morts d’une cause juste à l’issue funeste…   Cela commence un peu comme L’Amant , une chambre aux tons blancs et bleus, un homme aux allures de mannequin donne une liasse de billets enroulés à une femme silencieuse, dans la distance et l’attente ( Parlez-moi d’amour [1] en version instrumentale murmure sur la bande-son ironique) ; il descend un escalier, semble nous regarder puis mise au point laissant flou le miroir pour rendre nette la photographie d’un visage féminin. L’image se décolore, devient une sorte de noir et blanc en couleurs désaturées (beau boulot de Dominic Pereira, aussi co-scénariste) : un voile de cendres vient de se déposer sur les images, sur les personnages – infinie mélancolie des traits de Johnny Tri Nguyen, acteur-cascadeur (il doubla notamment le Green Goblin du Spider-Man de Sam Raimi), larmes durant le récit maternel de Ngo Thanh Van, ancien mo...

Deux années miroitées

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24 images (par seconde), 24 mois, mille enfantillages et quelques rencontres fondatrices… 364 articles, 228 commentaires, 155 620 pages vues (majoritairement aux États-Unis et en France), 2 ans jour pour jour d’existence « blogueuse » (plus 4 communautés/15 collections G+, une page FB dédiée à la filmographie transalpine, des chaînes YouTube & Soundsgood, un Tumblr, un site monographique bicéphale consacré à David Cronenberg) : en bon littéraire, les chiffres ne nous intéressent guère (sauf ceux du bulletin de salaire, comme tout le monde), mais cet « anniversaire », bien peu nostalgique (ne te retourne pas, Orphée, recommandait Nic Roeg), soufflé (on faillit oublier) par la fidèle lectrice « naturalisée » Suisse, valait au moins un clin d’œil cinéphile au féminin (deux passions spéculaires), avec Debbie (Reynolds, tant pis pour Miss Harry), délicieuse danseuse-chanteuse débarrassée de la pluie de Gene Kelly. Et, surtout (délaissons l...