Articles

Zu, les guerriers de la montagne magique : Les Trois Royaumes

Image
On ne raconte pas Zu , on en fait l’expérience, avec l’intégralité de son corps, esprit et cœur. Le texte suivant se voudrait à l’unisson d’un impétueux courant… « Pour moi, penser est une activité physique, l’esprit, un muscle. Il faut apprendre à penser vite, à 360° et de façon non linéaire » – Tsui Hark Un constant sourire de spectateur ravi : Zu avant tout une comédie (même les truites d’une cascade y rient !). Redécouverte d’un titre mythique, visionnage en DVD ( collector ) de la première fois. Couverture et dossiers, naguère, dans la pionnière et luxueuse revue HK Orient Extrême Cinéma ( tous les numéros précieusement conservés). Des légendes qui ne tiennent pas/plus : non, le film ne va pas trop vite (rythme idoine et organique) ; non, il ne s’avère pas incompréhensible pour le quidam occidental (arabesques narratives brodées sur la simplicité du motif). Une ouverture à la Capra, proches Horizons perdus . Après le brouillon br...

Les Cavaliers de l’orage : Un instantané de Valeria Cavalli

Image
Brève(s) rencontre(s) avec une interprète découverte au cinéma dans les années 80, suivie depuis sur la petite lucarne, avec un plaisir ni coupable ni dissimulé… Dans un épisode récent de la plaisante et acidulée série Les Petits Meurtres d’Agatha Christie , Valeria Cavalli incarna, en bonne logique patronymique et clin d’œil à ses activités sportives, une « cavalière émérite », selon l’expression consacrée, mais auréolée d’un sombre et puissant halo sexuel, puisqu’elle y connaissait l’extase en plein jour, chevauchant sa monture enténébrée lors d’une course presque fatale ou, le soir venu, au sein de l’intimité silencieuse de l’écurie, sa chemise de nuit trop blanche tout contre le cuir doux de l’animal, son corps sculptural souplement cambré, ses mains sans vernis accrochées à la crinière docile. De la zoophilie en prime time sur la TV publique ? Yes, she can ! Et cela, à vrai dire, ne surprend pas – mais continue à séduire – de la part d’une actrice ...

Le vent nous emportera : Écrire sur le cinéma

Image
Fixer l’ennemi intime dans la glace, puis imiter Alice en traversant le miroir : chiche ? Tu écris depuis toujours, tu écris depuis un an ; tu écrivais avant d’écrire, tant l’existence alimente l’écriture (ne jamais fréquenter un « écrivain », au risque de figurer, méconnaissable, dans l’un de ses livres). Des nouvelles, des poèmes, des essais, quelques courts romans, une ou deux pièces de théâtre – tout ceci, écrit sur trois années environ, disparut d’un seul coup, d’un seul clic , dans la « corbeille » vite vidée : il faut détruire beaucoup, disait Artaud, et même si demeurent d’invisibles traces, sur ton « lecteur » C: ou ailleurs (ce second blog fugace, Un pont sur l’océan électronique), tu t’en fiches, tu les considères en simple exercice (de styles), en échauffement nécessaire avant de passer aux choses vraiment sérieuses. Quoi de plus sérieux que le cinéma ? Quoi de plus puéril, aussi, souvent, hélas...

Rêves sanglants : Starman

Image
Remarqué naguère en terre fantastique d’Avoriaz, porté à notre attention par une précieuse exploratrice des profondeurs cinéphiles, voici (encore) un film à rêver, dont le rêve, bon ou mauvais, constitue à la fois le langage et le sujet… Au premier matin du monde – car le cinéma pratique toujours le passé, ne donne à voir que d’éternels (re)commencements –, un dormeur rimbaldien s’éveille, dans son blouson rouge emprunté à James Dean, dans le vacarme assourdi d’un camion blanc qui passe. Le jeune homme, brun, anonyme, chu d’un désastre aussi obscur que les arbres reflétés à contre-jour de l’aube dorée, couché à l’orée d’une forêt de conte, romantique, brumeuse, verte et grise, prend une longue route traversée par une bande jaune. Il marche, marche longtemps dans la solitude alentour, dans l’ellipse des plans, à peine rejoint dans son berceau de verdure par une intrépide petite araignée des sous-bois. Sur sa poitrine figure la lettre C, majuscule majestueuse (sa mère, plus tar...

Sueurs froides : Attention ! Une femme peut en cacher une autre

Image
Ressusciter, encore et encore, une femme morte ? Écouter une actrice vivante, plutôt, même avec nos propres mots ! Tout s’avère vrai, puisque entièrement – ou presque – (ré)inventé, en miroir d’un chef-d’œuvre matriciel, réflexif, romantique, nécrophile, puritain et hypnotique… San Francisco, 4 juillet 1958 Dans le dernier film réalisé par Alfred Hitchcock, je joue un fantôme. Enfin, oui et non : j’interprète un double rôle, disons. D’un côté, Madeleine Elster, l’épouse trompée, la vierge invisible, que personne ne voit – son cadavre blond (celui de la pauvre Jean Corbett, sans sa jumelle) tombe comme dans un rêve très bref –, que personne n’entend. Le cri qu’elle pousse, qu’elle fait semblant de pousser du haut du clocher de la mission espagnole de San Juan Bautista, c’est celui de Judy Barton, la (demi) pute manipulatrice et amoureuse originaire de Salina, Kansas, la rousse vulgaire et attendrissante, sa doublure volontaire contre son gré (dans La Blon...