Mamma Mia

 Exils # 249 (03/11/2026)

Son sourire, sa souplesse, sa douceur, sa sveltesse – même sodomisée par le divorcé Danny Mountain, à l’accent britannique aussi atypique que celui de sa consœur et compatriote Tanya Tate – suffirent à faire de Mia Malkova, désormais retirée du métier, d’un microcosme américain, l’une des « actrices de X » les plus populaires du début de ce siècle. La voici cette fois-ci dans un désert de lumière, devant l’avertissement d’une pierre patibulaire : Do not enter, reformulation ironique, les amateurs de « divertissement adulte » s’en amusent, du fameux No trespassing de Citizen Kane (1941). Sans être pénétrée, puisque préliminaires apparentés à des coitus interruptus, elle pénètre le territoire tabou, rétive mais soumise au conducteur décoloré d’une jeep rouge, couple en route bientôt en déroute. Le carton d’introduction programmatique l’indique, « Weird cannot be explained because if explained, it’s not weird ». Postulat posé, Diane, autant déboussolée que l’homonyme de Mulholland Drive (2001), & Diego, bien sûr « libre dans sa tête », Brésilien débarrassé de « fenêtre », fourni d’une flopée d’« I don’t know » du meilleur effet, vont découvrir et survivre à des motards faiblards, anti-héros jeunes et beaux d’une chasse à l’homme (et à la femme) à la gomme, où l’épilogue bouclera la boucle d’une malédiction à la con. Avant de pencher la tête sur le côté, se révéler contaminée, sinon zombifiée, la chère étrangère se dénude en naïade, court toujours et jamais ne ricane, échappe in extremis, coiffée d’une couronne d’épines christique, ligotée la nuit, au sacrifice par arme blanche férocement phallique. Tout ceci ressuscite en sourdine les endroits et les histoires similaires, mortifères, entre hédonisme et fait divers, de Zabriskie Point (1970) et Twentynine Palms (2003). On pourrait (re)penser à un ersatz de Mad Max, jadis ou aujourd’hui, road fury et compagnie.

La plaisanterie en partie sinistre s’étire durant cinquante minutes, laisse largement le temps à l’illustre inconnu qui dirige la petite équipe (featurettes ineptes à la chaîne sur la sienne) de filmer en fana tout sauf essoufflé, souvent en contre-plongée, le corps adoré d’un « modèle » pas un brin bressonien, sous un soleil moins satanique qu’involontairement comique. Fi de « frontal nudity », du titre explicite et ludique, la nudité demeure pudique, la bande (mou, molle) ne comporte aucun paroxysme narratif, zéro orgasme naturiste. Après un premier essai en forme de confession (God, Sex and Truth, 2018), dont la bande-annonce s’avère vite risible par son esprit de sérieux, son tissage de citations thématiques, la virée estivale de pierre tombale, cimetière en plein air, périple catastrophique, face à et derrière l’objectif, louma et steadicam bricolés à l’économie, ne permet d’apprécier les capacités de l’intéressée, prouvées il paraîtrait par sa participation au pas trop catho The Preacher’s Daughter (2016). Intitulé à la Noé, bande-son surlignée, dialogues en toc de « fucking » ponctués, commissariat recta de pancarte patraque, nain malsain, catfight foutraque, défilé de dune en clin d’œil à la danse macabre du Septième Sceau (1957) : Climax (2020) ressemble à un western paupérisé, commis par un scénariste décérébré, un cinéaste paresseux et obsédé, à faire passer l’acrobate Raimi – Evil Dead (1981) encore un conte de « mauvais morts », viol véloce et arboricole inclus – pour un disciple d’Ozu. Malgré un ultime plan stimulant, transcendant, le bassin de la proie prédatrice à contre-jour découvre le soleil, configuration cosmique de la lumière et des ténèbres, le moyen métrage rappelle le ratage The Thing from the Lake (2019), La Vouivre version champignons, que ne parvenait déjà à sauver l’idem spécialisée Bella Rolland, sculpturale et silencieuse cependant.

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