Dressé pour tuer : Black Mic-Mac


Comme un écho à Kristy contre ses crocs...  


Le récit de Gary, dédié à son chien Sandy (!), constitue un « point de vue documenté » (pour parler comme Vigo), souvent drôle et parfois poignant (on pense à Mocky) sur l’Amérique (L.A.) et la France (Paris) de 1968. Il s’ouvre par une « averse démesurée », comme celle qui noyait le journaliste trop zélé de Shock Corridor, où « la ville avait pris cet aspect incongru des choses destinées à un tout autre usage, auquel nous ont habitués depuis longtemps les surréalistes » (bonne définition du « baroquisme » de notre cinéaste) et s’achève sur une jeune femme blanche enceinte d’un déserteur noir (le chien, retourné contre son maître adoptif, puis vaincu par « une expression de désespoir, d’incompréhension et de souffrance », meurt dans les bras de Jean Seberg, pietà des causes médiatiques, plus épargnée que Brando dans le livre) ; entre les deux, une radiographie de l’intérieur des contradictions et des impasses du militantisme, de l’engagement et de « la société de provocation » (mais sans le désespoir amer de La Chute de Camus).

Le scénario de Fuller et Hanson (qui renversera le rapport de force bicolore dans 8 Mile) s’en écarte très vite, avec deux changements majeurs : l’écrivain narrateur devient une actrice héroïne (même si Kristy McNichol, aperçue aussi dans le soporifique Dream Lover de Pakula, ne possède guère de ressemblance avec Jean S., hormis une robe virginale assortie au pelage de la Bête) et le dresseur perd sa panoplie de « black muslim » pour n’en garder que l’obsession (topos fullerien). Le reportage subjectif se transforme en fable politique (et donc animalière, selon la tradition littéraire) basée sur un fait journalistique couvert par le grand Sam (les « chiens blancs » du KKK), éclairée par le « prince des ténèbres » Bruce Surtees (à son zénith dans le crépusculaire Retour de l’inspecteur Harry et l’émouvant Ratboy de Sondra Locke, autre conte zoophile), qui, suprême ironie, irrita les représentants des « gens de couleur » au point de limiter la distribution à quelques art houses. Fuller les offusquait déjà, eux et les Blancs « progressistes », avec son harangueur noir et raciste perdu dans le couloir de la folie. 

Ici, après Au-delà de la gloire, son chef-d’œuvre autobiographique sur la Seconde Guerre mondiale, Fuller fait s’affronter l’acquis et l’inné, dans une tension entre les intentions (toujours bonnes, qui pavent l’enfer) et les motivations (toujours secrètes, alimentées au carburant de la haine polymorphe), à la suite d’autres chiens, de paille, dressés par Peckinpah pour sa parabole sur le territoire et l’adultère (motif supplémentaire de ressentiment chez Gary) qui scandalisa en son temps – analyse à la fois trop simple (détours par le film d’horreur, genre peu avare en menaces canines, cf. Cujo, pareillement sur un ménage à trois) et trop subtile dans sa radicalité pour satisfaire les diktats du politiquement correct naissant (mais rappelons la découverte du film naguère, en deuxième partie de soirée, sur… TF1) : Griffith et Cimino, autres peintres, pour le meilleur et le pire, de la « question raciale » qui hante le cinéma américain depuis ses débuts, connurent eux aussi un effet boomerang en cherchant à se défendre. Dans un registre plus léger, après Lautner et Belmondo en saint Sébastien à la fin du Professionnel, des publicitaires taquins associèrent à nouveau Morricone à l’espèce canine, avec un spot mémorable sur Chi Mai...

Commentaires

  1. Beauté canine quand tu me tiens, à la vie à la mort, que de jolis textes tu me fais écrire !
    Canada's Multi Group Winning Domino Afghan Can/Am. CH. Crysalis Ice Sensation
    "Shiver" https://www.youtube.com/watch?v=HgK7eN6ieq4

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    1. Au propre, au figuré, olé :
      https://lemiroirdesfantomes.blogspot.com/2017/05/la-chienne-la-rue-rouge-droles-de-drames.html

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