La Maison aux fenêtres qui rient

 

Un métrage, une image : Les Nuits de l’épouvante (1966)

Beau giallo cadré au cordeau, doté d’une admirable direction de la photo, ce métrage méconnu possède aussi une direction artistique soignée, une distribution chorale impeccable et impliquée. La lama nel corpo, titre explicite, se souvient évidemment des Yeux sans visage (Georges Franju, 1960), de sa défiguration, de ses greffons, de sa culpabilité décuplée, les délocalise du côté de « Morley », au dix-neuvième siècle dernier. Au creux d’une clinique psychiatrique pas catholique, une femme en noir, munie d’un rasoir, fait taire une muette, lacère une biographie de Stuart Mary, s’en prend à une maîtresse- chanteuse française et onéreuse. Au plafond, la sœur recluse tourne en rond, bonne utilisation du son. Un chat immaculé, empaillé, un schizo au cachot, un troglodyte tombeau, un accident, pas vraiment, à la chaux, constituent les accessoires d’une histoire de jalousie, d’asphyxie, d’explication, de pardon. En coda du conte, la fraîche infirmière, qu’incarne l’inconnue bienvenue Barbara Wilson, file du mausolée enfin ensoleillé, file l’amour parfait au bras de son médecin désormais serein, le William Berger de La Fille de Trieste (Pasquale Festa Campanile, 1982). Si les cinéphiles féministes se désoleront de l’identité, surtout du sexe, sinon du mobile, de l’assassine, les autres apprécieront un ensemble estimable et recommandable, une fable au féminin, au carrefour des destins, dont les héroïnes, belles et cruelles, composent un kaléidoscope en « Techniscope », l’image fragmentée, fréquentable et fréquentée, d’une féminité parfois furieuse, jamais frivole. Réussite gothique et d’équipe devant beaucoup au travail sans faille du DP Marcello Masciocchi (Le Dernier Monde cannibale, Ruggero Deodato, 1977), des scénaristes Ernesto Gastaldi (Le Dernier Jour de la colère, Tonino Valerii, 1967) & Luciano Martino (Le Colosse de Rhodes, Sergio Leone, 1961), aux présences épatantes d’Anna Maria Polani & Delfi Mauro, de Mary Young & Françoise Prévost, cette co-production franco-italienne demeure la seule réalisation d’Elio Scardamaglia, financier de Mario Bava (Le Corps et le Fouet, 1963) & Sergio Sollima (Sandokan télévisé), molto de Michele Lupo, a priori épaulé par le spécialisé Lionello De Felice. Il s’agit ainsi, en résumé, en adoubé billet, de l’étude atmosphérique et esthétique d’un secret dissimulé, amoureux, monstrueux, des crimes à répétition de la passion, d’un rassemblement de solitudes davantage que de turpitudes, où l’issue réside au sein de la confiance, de la mise à distance. Une poignée de mélomanes pourra néanmoins regretter la partition datée, sentimentale, du maestro Francesco De Masi, défaut tout sauf rédhibitoire…

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Les Compagnons de la nouba : Ma femme s’appelle Maurice

La Fille du Sud : Éclat(s) de Jacqueline Pagnol

L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot : Le Trou noir