Les Siciliens et les Romains
Exils # 191 (27/04/2026)
Un shérif à New York (1968) faisait la transition entre Pour une poignée de dollars (1964) et L’Inspecteur Harry (1971) ; Le Cercle noir (1973) permet de passer des Collines de la terreur (1972) à Un justicier dans la ville (1974). Derrière le titre opportuniste français, au fond pas mal trouvé, merci à Melville (Le Cercle rouge, 1970), même maître de cérémonie fatale et macabre, réalisateur de retrouvailles et funérailles, se dissimule ainsi un programme de massacre, anniversaire de cimetière, « dix avril » liquidatif. Pour faire table rase des comparses, il faut attendre plus de quarante ans, patience de Balsam, émule de Luciano. Venger la violente Saint-Valentin des « vêpres siciliennes » nécessite une équipe de « tueurs de pierre », mercenaires au cœur homonyme, vétérans du Vietnam en train de s’entraîner dans le désert avec un ascenseur à l’image de ceux de Malle & Maas. Le gang en blanc, couleur immaculée des complices d’Orange mécanique (1971) et du dealeur noir de notre film, dégomme les hommes, sans faillir ni s’enfuir, le survivant lève les bras et recta se rend, sous le regard guère en retard du flic essoufflé. L’épilogue lampedusien voit le conspirateur fissa se confesser, avouer des péchés de famille plutôt que le complot contre la Famille, tandis que le policier désabusé demande à son collègue s’il connaît un dessin animé, où l’on annonce aux chrétiens de la Rome ancienne leur prochaine présence au creux de la sanglante arène. Puisque le passé ne saurait (tré)passer, aujourd’hui se débarrasser de jadis, car tout s’en va et rien ne varie, statistiques du crime à l’appui, bientôt réutilisées le temps d’une réplique de Death Wish, place à l’ironie pessimiste, vive la victoire à la Pyrrhus.
Ni droitiste ni raciste, ni cow-boy ni drôle, le personnage de Bronson traverse les distances avec une facilité déconcertante, fantomatique, un instant aux prises avec un Portoricain de la Grosse Pomme, le suivant au côté de Blacks un peu Panthers, de hippies jolis, dont la gamine de Vera Miles, d’un motard amateur de jazz (et bisexuel) en Californie. Contrairement à son nom, Los Angeles possède ses propres démons, Friedkin opine, cité des anges exterminateurs filmée par un Anglais rétif au tourisme. French Connection (1971) dans le rétroviseur, Winner décrit de manière rapide, presque elliptique, un enfer laïc, la camelote des deux côtes, le choléra et la peste de l’Est et l’Ouest. L’arbre de l’incipit, au vert solaire, vite évacué via un zoom vers un fait divers d’adolescent (de dix-huit ans) délinquant, toute ressemblance avec l’actualité tout sauf une coïncidence, rappelle celui de la connaissance du bien et du mal, alors que Bronson interprète un représentant de l’ordre rempli d’intime désordre, miroir à la Taxi Driver (1976) inclus. Son ex-femme, légiste et lucide, décrit leur vie évanouie d’« automne » et d’ennui, wasteland de couple en déroute, portrait à charge doté d’un écho autobiographique (la mine, ça vous mine), qu’il symbolise en portrait craché, l’incite à se soucier de sa descendante. Le type mutique se tait, sa mélancolie parle pour lui, le mauvais père et mauvais mari, ogre à la Goya, anticipe en repoussoir le double désespoir (épouse occise et fille fracassée) du trop parfait Paul Kersey, architecte autant traumatisé, destructeur et détruit de l’intérieur, que le mathématicien candide puis redoutablement méthodique de Dustin Hoffman (Les Chiens de paille, 1971). Western urbain quasiment méconnu, muni d’humour noir, musiqué par l’estimable Roy Budd, The Stone Killer, explicite singulier de cet intitulé, minéralisme expressif de sa star, mérite en résumé sa (re)découverte, déjà donne à voir les multiples contre-plongées oppressantes, oppressées, typiques du cinéaste de La Sentinelle des maudits (1977).

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