Et Noël au soleil
Exils # 188 (14/04/2026)
Explosion, amputation, spéculation mais pas de « séparation », pas même un reste d’apartheid. Si Gold (Hunt, 1974), au niveau politique, s’apparente donc à de la science-fiction, une sorte d’uchronie jolie, festive et sportive, au niveau économique il décrit avec acuité une organisation de délinquants classés en col blanc, dont l’intitulé des credits (syndicate) renvoie vers la pègre homonyme, émir en prime. Un membre allemand croit bon de plaisanter, d’anticiper la « liquidation » programmée : on le fait fissa sauter attablé, en famille, infanticide explosif, à la suite de celui d’Agent secret (Sabotage, Hitchcock, 1936), en prélude à la reprise des Incorruptibles (De Palma, 1987). Plus encore que de l’or, du boursier pactole aucun ne rigole, ni ne profite in fine, puisque la machination échoue, un premier essai déjà désamorcé pendant le prologue panique. Construit en boucle bouclé, en traumatisme dépassé, merci au sacrifice du surnommé Big King (l’acteur et cinéaste local Simon Sabela), colosse noir à casque aussi doré que celui (capillaire) de Simone Signoret, ses derniers mots amicaux (« You go, my friend ») traduits en sous-titres catholiques (« Sauve-toi, mon frère »), Gold rassemble des collaborateurs (des orpailleurs) du filon Bond, Hunt, Glen (qui assemble la bande et dirige la deuxième équipe), Black aux lyrics, Binder au générique (documentaire) et of course Moore au fond du trou (dans la baignoire de sa blonde bourgeoise). Bernstein ne plagie Barry, compose une bossa vocale appréciable, escortant bien une séquence de tourisme aérien, au féminisme complice, car la femme, certes infidèle, sait piloter (et tromper, pas manipuler), faire taire la « big mouth » de l’amant aux « jambes trop longues ». L’histoire d’amour du couple York & Moore – l’héritière aisée à l’aisance assumée, au jardin, au tennis, sous une hutte cinq étoiles ; le bagarreur séducteur aux goûts de riche, à la coûteuse « reconnaissance de paternité » – possède un caractère adulte bienvenu, bénéficie de leur alchimie sur le set, cf. le bref fou rire humide d’avertissement excitant.
De son esseulé côté, Dillman émeut en mari cocu, consentant, époux probablement impuissant, comparse obsédé par sa santé, écrasé à la Pasolini par son meilleur ennemi. Parmi les papys, Gielgud & Milland s’opposent à distance, éminence grise dégarnie et grand-père pourvu d’une rentrée colère, consécutive au décès de son fils. Gold soigne ainsi la psychologie, n’écarte le spectacle. Ancien monteur, Hunt sait le prix (d’« un millier de vies ») de la durée d’un plan, d’une lente descente au creux de la terre (du cimetière). Munies d’émotion, les scènes d’action suscitent une estimable tension, dotée d’un coefficient de crédibilité disons élevé, désormais dévitalisé par l’hégémonie du numérique. Le torrent souterrain fait toujours de l’effet, une cinquantaine d’années après, à l’écart du simulacre de l’eau, s(t)imulée selon des 1 et des O. Film catastrophe (et de conspiration) à sa façon, c’est-à-dire inscrit au sein d’une époque qui en produisit beaucoup, film de propagande (via l’invisible, le silence assourdissant) autorisé, sinon souhaité, par les autorités, Gold fonctionne itou sur le mode métaphorique et prophétique. En partie écrit par Wilbur Smith (Le Dernier Train du Katanga, Cardiff, 1968, ou Les Douze Salopards dans la brousse de la décolonisation et de la sécession, diamants et sodomie en option), d’après son roman document, ce parcours d’appropriation et d’émancipation annonce en sourdine les séismes successifs (Soweto aussitôt) d’une société en train de craquer de tous côtés, où les Noirs vont ne plus vouloir obéir, servir, mourir, succomber au folklore endimanché. Hunt vit-il La Tragédie de la mine (Pabst, 1931) et Mandela, la sienne ? Qu’importe, pas de camelote.

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