Sauvée Regina

 Exils # 237 (06/10/2026)

Neuf ans après La Mouche (1986), Goldblum subit une autre métamorphose, cette fois-ci de l’esprit. Si l’expérience de mort imminente lui permet d’apaiser un minot faisant ses dents, elle fout son foyer d’antiquaire en l’air, sa femme se désespère, sa seconde fille ne décolère. Car l’époux et papa ne revient pas seul de l’au-delà, où revoir la première en vitesse, se connecte à un beau jeune homme abject, sataniste suicidaire qui pendant le prologue sourit devant sa sœur et sa mère en prière, trépassées par ses soins. Tandis que le réanimateur ne possède certes l’humour noir et la lubricité décapitée de celui de Re-Animator (1985), dissimule un mortel et personnel secret, notre anti-héros pas si dingo comprend l’imbroglio et affronte en famille le vrai-faux alter ego. Souvenirs de l’au-delà (1995) carbure à l’accident dédoublé, à la culpabilité partagée, ravive l’hubris d’un certain Frankenstein, retravaille le biblique moralisme des crimes des pères dont héritent les fils (et les filles). À travers une intrigue en bis repetita, il s’agit de dépasser le trauma, structure récurrente du film fantastique, sinon horrifique, made in USA, comme si la séance de ciné optimiste s’apparentait en moins coûteux à une séance de psychanalyse collective, le péché originel de la colonisation européenne impliquait de répéter jusqu’à la nausée le poids du passé, le combat éclairé. Adaptation à moitié trahison co-signée Andrew Kevin Walker, scénariste de plusieurs Fincher, de Brainscan (1994) ou 8 mm (1999), d’un bouquin de Koontz, que le résultat ulcéra au point de demander le retrait de son nom de la production, échec économique et critique renié par sa principale actrice, Hideaway, titre d’origine à la Stevenson, parvient pourtant à retenir l’attention, ne prend le spectateur pour un con, exercice de catéchisme au final à la fois risible et sublime, duel spirituel auquel le casting impliqué accorde la célèbre suspension d’incrédulité.

Le personnage atteint de fringale, aux visions de déraison, d’atrocités de réalité, achève son chemin de croix parmi un parc d’attractions à l’abandon, repaire patibulaire d’un Lucifer trop sensible à la lumière, manière de (dé)montrer le film en train fantôme, sa durée presque calquée sur celle de l’inconscience, de la troublante absence. Quant à la rencontre avec la cartomancienne, elle évoque la chronologie explicative d’une script. Cette dimension méta de bon aloi, développée via le dessillement éprouvant de Douglas dans The Game (1997), parabole chrétienne et fraternelle invitant à tout perdre pour se (re)trouver, s’agrémente ici d’un mysticisme évangélique. Le protagoniste peut parler à sa secrétaire de réaction chimique, d’hallucination chimérique, le film affirme le contraire, naturalise le surnaturel, transmue le scénario en missel. Au creux d’une caverne d’acier au crâne en métal central, gueule ouverte prête à dévorer des vierges enlevées, se déroule une coda apocalyptique, chromatique, le rouge du feu furieux de l’Enfer face au blanc et au bleu de la salvatrice Samantha, avatar marial à la clarté létale. La tireuse de cartes assurait au type patraque, à la douleur de contact, la capacité de sa « pureté ». Sauvé une première fois par sa femme tout sauf faire-valoir, conductrice intrépide, bagarreuse courageuse, repêché d’une auto dans les flots tel Moïse dans son berceau sur l’eau, l’ersatz de Lazare doit sauver la saluée Regina, non la reluquer comme le beau-père pervers de Lolita. Filmé de façon fonctionnelle mais professionnelle, Souvenirs de l’au-delà se termine en rime cinéphile post-générique et avant sur un fond immaculé, vers lequel s’avancent à pas lents les survivants enlacés, contre-jour de l’amour, aventure intérieure et supérieure éprise de clairvoyance et de transcendance.

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