Escape the film
Exils # 206 (11/06/2026)
Escape the Field (2022) ressemble d’abord à un épisode de Lost puis rappelle encor Predator. Ce survival se situe dans un champ immense, à faire paraître riquiqui celui des Démons du maïs. Une série de six personnages presque ou plutôt point pirandelliens essaie donc d’échapper à son destin, au terrain malsain du titre topographique. Échantillon Benetton, la troupe d’entourloupe se retrouve sans savoir pourquoi piégée par un jeu de piste sinistre, « puzzle » aux allures et à l’usure de cercueil, moins sado que Saw. Le téléfilm infime comporte de modernes tropismes, à savoir un féminisme complice et un lesbianisme en sourdine. En dépit des épis « pourris », fi de Faulkner, de sanctuaire, voici un insaisissable cimetière circulaire, fuir se réduit à revenir, ponctué d’épouvantails capables d’injecter au soldat dépressif un produit écarlate, autant que les yeux du malheureux, démonstration de possession dont une scène de générique final paraphe les cycliques et mortels dommages. Auparavant, mouvement inversé de boucle bouclée avec l’incipit idem en plongée, un recul cosmique dévoilait une incertaine vérité, un espace terrestre sombre et doré, tandis que la bande-son diffusait des informations procédurières, petits indices multiples pour amoindrir le mystère. Si, professionnelle d’hôpital facilement reconnaissable, car chacun pour ainsi dire porte sa tenue de travail, en tout cas des fringues qui l’identifient à demi, par exemple une veste universitaire de grand étudiant au papounet trépassé se languissant de sa maman, le « principal » cobaye in extremis déraille, enflamme le container équipé de caméra du dédale végétal, ce spectacle patraque manque de cœur et d’ardeur.
Davantage qu’au sein d’un suspense soporifique, au questionnement complotiste, l’une des victimes insolites en chouette nuisette bosse au Pentagone, en connaît beaucoup à propos des étranges expériences du gouvernement de l’oncle Sam, au passage le prénom diminué, non sexué, de la soignante précitée, MK-Ultra ou pas, la valeur d’Escape the Field réside ailleurs. Ce que nous redit le vrai-faux produit Netflix, à l’esthétique lessivée, à l’histoire essorée, aux enjeux miteux de jeu dangereux, ersatz morose des exotiques Chasses du comte Zaroff, assorti d’une sociologie de stéréotypie, pardon du pléonasme, doté d’une éthique humaniste de cour de récré, l’union fait la force et tutti quanti, rejoint en le pasteurisant le pessimisme lucide, funèbre et réflexif d’Osterman week-end. Prises en otage parmi l’empire des images, marionnettes suspectes d’animateurs masqués, parlant pourtant leur langue, lingua franca du ciné mondialisé, ces proies sympas ne sauraient s’exfiltrer du burroughsien film réalité, réécrire le script du pénible périple, disposer du fameux montage final, ne peuvent en définitive qu’exercer une liberté d’esclaves factice, rats et souris de gros labo, épigones d’Algernon, pantins plus incendiaires que patibulaires, découvrant tardivement que la « bête » ne relève de l’animalité mais du programmatique, sinon du prophétique, abîme réversible en rime à un aphorisme de Nietzsche. À notre époque médiocre de conditionnement généralisé, de darwinisme mal digéré, capitaliste et hypocrite, votre rance bienveillance, gardez-la-vous loin du dégoût, de doxa idéologique substituée à l’esprit critique, le regard sur l’art envahi de victimisation et d’interdit, puisque le progressisme autoproclamé, à l’instar de la diversité revendiquée, aime l’anathème, ne tolère le complexe, impose une bien-pensance à base de menaces et de remontrances, pareil exercice inoffensif semble un peu anachronique et cristallise un cinéma simulacre, anémique, fantomatique, servile, stérile.

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