L’Année du boulet

 Exils # 205 (08/06/2026)

Au siècle passé, dans les studios de Dino, Rourke combattait John Lone selon L’Année du dragon. Presque une trentaine d’années après, beaucoup d’eau coula sous les ponts des nations et du cinéma, l’acteur quasiment méconnaissable revint vers la lumière pour The Wrestler puis Expendables : Unité spéciale. En 2013, le voici à son tour vêtu de blanc, tel l’antagoniste américano-asiatique de jadis, à l’instar du soutien-gorge de Janet Leigh, dress code de Psychose, mise en évidence de coupable innocence. Le Malik de Mickey ne s’occupe de cocaïne et de racket, incarne avec un couteau (les psys apprécient) un « opportuniste » épris de pédérastie à la Gide, « souille tout ce qu’il touche » lui crache au visage le sicaire amer, lui-même habillé en blanc, couleur de deuil en Orient, tueur doté d’un cœur – pas de mal fait aux enfants ni aux dames, pitié fatale style Scarface – et canaille munie d’une morale musulmane, peu portée à fêter la « fierté » de l’homosexualité. À défaut de marche homonyme, le film met en scène un autre type bouddhiste de festivités collectives et aussi quelques travestis. Si le terrorisme persiste et signe, si le barbu kamikaze se fait sauter sur un toit-terrasse, bouc émissaire explosé en plein air, au grand plaisir du général « nationaliste », le majeur ennemi ne possède plus d’ethnie, ne représente plus la perversion d’une religion (de soumission dirait Houellebecq). Malik l’apatride ressemble plutôt à un capitaliste cosmopolite de capitale œcuménique, propriétaire patibulaire d’étonnantes statues vivantes. La suave sultane, l’épouse et mère voilée, ex-étudiante d’université, parlant anglais, disposent d’une marge de manœuvre à peine supérieure, peuvent arborer un décolleté convoité (bijou autour du cou), embrasser à l’hôpital un étranger surpris et secourable sur les deux joues (mari pas jaloux), toutefois se font fissa enlever, bâillonner (baigner), ligoter, les mecs se démènent, les prisonnières se taisent, aux cinéphiles féministes n’en déplaise.

En résumé, si un progressisme politique irrigue Java Heat (2013), sorte de réponse prophétique aux pénibles stéréotypes du fiasco de Domino, l’égalité sexuée importe bien moins que le fastidieux motif de la demoiselle (ou la « princesse ») en détresse. En rime au chien du jeu de quilles, un marine patraque, avatar de Van Damme (cul nu inclus), débarque au milieu du bazar dangereux, flanqué par la mafia chinoise à prostitution et tatouage, le vizir pas good à la Iznogoud, un trésor en toc façon Huston. Il se fend d’une furtive philosophie (« étrange pays » et « plus grande communauté musulmane au monde » du carton d’introduction), veut venger un frère défunt, sous une série d’identités d’emprunt, s’associe à un policier lucide, ironique et très impliqué, puisque petite famille kidnappée. Buddy movie tourné en Indonésie, Java Heat revisite les tandems mal assortis mais finalement fraternels de 48 heures et Double détente, délesté de leur succès. L’amateur d’action croyant à une délocalisation d’Ong-bak se contente de séquences jamais déshonorantes et toujours loin derrière cet item ou les glorieux modèles du HK d’autrefois. Filmé façon téléfilm Netflix (fondus au noir de passages publicitaires en prime) par un artiste multiple anonyme, qui sans doute le demeurera, la balade pas si sauvage, dépourvue d’outrage, se suit à bas bruit, comporte des plans de folklore, de naturels décors, réduits pardi à un touristique terrain de jeux aux simplistes enjeux, économiques et psychologiques. La coda quant à elle retravaille le final de Blow Out, troque sa terrible traque et ses feux d’artifice dépressifs contre un happy ending consensuel et risible. Épilogue d’aéroport : bises à l’orpheline, les hommes (en uniforme) blessés se sourient, adieu se disent.

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