Arielle d’Uxelles
Exils # 220 (26/08/2026)
« Alien Crystal Palace ressemble à un réussi ratage » écrivis-je en deux mille vingt. La contradiction peut encore qualifier Les Secrets de la princesse de Cadignan (2023). Aussi « commise de manière économique, filmée sans façon », cette adaptation de l’increvable Balzac, écrite par le fidèle Fieschi, met en abyme Honoré, pratique la caméra portée, survole en drone le domaine d’un « ami », aux intérieurs investis, pas envahis, par la modeste machinerie. Une quarantaine d’années après Carrière & Deray à la TV, revoici l’héroïne libre, gentiment misandre, qui accumule les amants immatures, les ruine avec le sourire, un soupir, avant d’aimer in extremis un écrivain puritain, toutefois « fouteur » de sa servante consentante, « hygiénisme » mécanique. La carpe et le lapin s’éloigneront ensemble au lointain, dos tourné, heureux, cachés, sous le regard guère goguenard de l’athlète des lettres de La Comédie humaine. Commencé sur une image mentale, imaginaire, au ralenti, les yeux dans l’objectif, l’avant-dernier film de « l’aimable Arielle Dombasle » se soucie en surface d’une « courtisane », d’une « féministe », d’une séductrice moins morbide que l’encombrant Don Juan. Du cynisme au romantisme, de la « cruelle » lucidité aux sentiments vrais, il suffit d’une vie, longtemps « perdue », finie en épiphanie. Puisque « le bonheur ne se raconte pas », roman à vivre, à dévaloriser les livres, la mise en images ne le montre, en saisit les indices, l’histoire s’arrête là, FIN du carnet, comme si l’arroseur arrosé de Laclos rencontrait le conte de fées. Dotée d’un prénom connoté, Diane anticipe le trio pas trop catholique et le ménage à trois de Lolita : sa mère occupera la couche et le cœur d’un homme épousé en mariage arrangé, Girardot s’exile, Stewart file une gifle.
Elle évacue de prison un « provincial » d’Alençon, faussaire sincère. Elle assiste à distance, en compagnie d’une marquise amie, « adorable Julie », au remplacement de l’aristocratie par la bourgeoisie, cf. Le Guépard de Lampedusa & Visconti. Elle se sait idéalisée, à jamais séparée du républicain Chrestien, son nom le résume, martyr mutique et auteur d’une missive révélatrice, définitive. À travers d’Arthez, elle découvrira le revenant, aimera deux hommes à la fois, triolisme nécrophile façon Sueurs froides et non plan à trois de GILF autant sauvée que « salvatrice ». Dans Les Secrets de la princesse de Cadignan, l’actrice réalisatrice chante, déchante, enchante, « méchante » déclamant du Baudelaire, du Molière, compose une playlist électronique et classique, dirige un produit culturel plus « léger » qu’officiel, dépourvu du fric et du bruit de Fieschi & Giannoli (Illusions perdues, 2022). La fine cinéphile cite ici le royal biopic de Rossellini (La Prise de pouvoir par Louis XIV, 1967), « un film qui date, mais qui n’a pas vieilli », on confirme. Le sien ne l’équivaut, ne vaut pas rien, possède une liberté assumée, mention spéciale à la scène point obscène de comparaison de poitrines entre filles, désormais intournable par un cinéaste, dont on se demande comment elle contourna le veto du cahier des charges télévisé des financiers familiers. Mais il manque hélas de substance, de chair, de… mystère, de quoi inquiéter au niveau de la valeur des Derniers Jours de Charles Baudelaire, ultime titre biographique (bis) de la filmographie, depuis le roman homonyme du mari. Demeure à demi dissimulé un autoportrait costumé, soleil crépusculaire aux satellites littéraires, se dessine en sourdine une mélancolie ludique, celle d’une artiste aristocratique, sa qualité, sa limite, presque trop pudique sur ses rides, sur un feu gérontophile un brin Brel, un peu beaucoup passée à côté du sujet, de la collection cramée, de l’émotion d’une élection, transcendance sans « innocence ».

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